Alors que 59 % des dirigeants ayant des projets d’investissement envisagent de les reporter ou de les annuler, le principal enjeu n’est plus seulement de financer l’IT. Il consiste à décider, investir et se moderniser sans prendre d’engagement disproportionné.
Les entreprises doivent continuer à moderniser leurs infrastructures, renforcer leur cybersécurité et accompagner leurs métiers. Mais elles doivent le faire avec une visibilité économique réduite.
Dans ce contexte, le réflexe peut être de reporter les investissements IT. Cette prudence protège la trésorerie à court terme. Elle peut aussi créer une dette technologique, augmenter les coûts de maintenance et retarder des projets nécessaires.
L’enjeu consiste donc à distinguer les investissements à différer de ceux qu’il faut maintenir, tout en adaptant leur financement au niveau réel de visibilité de l’entreprise.
L’incertitude pèse lourdement sur les décisions d’investissement
Le baromètre Bpifrance Le Lab–Rexecode publié le 18 septembre 2026 montre un recul des intentions d’investissement des TPE-PME françaises.
Seuls 42 % des dirigeants interrogés prévoient d’investir en 2026. Cette proportion diminue de quatre points en un trimestre et reste inférieure de plus de dix points à sa moyenne historique.
Parmi les dirigeants ayant des projets d’investissement, 59 % envisagent un report ou une annulation. Dans le même temps, 17 % déclarent avoir rencontré des difficultés pour financer leurs investissements. Ces deux chiffres ne portent pas exactement sur les mêmes populations et ne permettent donc pas une comparaison mécanique. Ils suggèrent néanmoins que l’accès au crédit n’explique pas, à lui seul, l’attentisme actuel.
L’étude repose sur plus de 1 100 réponses recueillies entre le 24 août et le 3 septembre 2026. Elle mesure des intentions déclarées et couvre l’ensemble des investissements, pas uniquement l’IT. Ses résultats doivent donc être lus comme un indicateur de climat économique, et non comme une mesure directe du marché du financement informatique.
Reporter un projet IT n’est pas une décision neutre
Tous les projets IT ne présentent pas le même degré d’urgence.
Le renouvellement d’équipements encore fonctionnels peut parfois être décalé. En revanche, le report d’un projet lié à la cybersécurité, à la fin de support d’une infrastructure ou à une contrainte réglementaire peut accroître le risque opérationnel.
Avant de suspendre un investissement, DSI et DAF peuvent examiner quatre dimensions :
- Le risque du statu quo. Quels incidents, surcoûts ou pertes de productivité peuvent survenir si le projet est reporté ?
- La réversibilité du projet. Peut-il être déployé par étapes, ajusté ou interrompu sans remettre en cause l’ensemble du programme ?
- L’horizon d’usage. La durée de financement envisagée correspond-elle à la durée pendant laquelle les équipements seront réellement utiles ?
- L’effet sur la trésorerie et le coût d’opportunité : Quel est l’impact immédiat, mais aussi le coût total du projet sur toute sa durée ? Mobiliser du cash pour financer l’IT prive-t-il l’entreprise d’opportunités d’investissement plus stratégiques et plus rentables à court terme ?
Cette analyse permet de sortir d’un choix trop binaire entre « investir maintenant » et « tout reporter ».
Phasage IT : commencer par les besoins les moins discutables
Lorsque la visibilité manque, le phasage permet d’avancer sans valider immédiatement la totalité d’un programme pluriannuel.
Une entreprise peut, par exemple, commencer par les infrastructures arrivées en fin de support, les équipements les plus exposés ou les sites prioritaires. Les phases suivantes sont déclenchées selon des critères définis à l’avance : évolution de l’activité, niveau d’utilisation, budget disponible ou résultats obtenus.
Cette démarche suppose toutefois une architecture cohérente. Découper un projet sans anticiper les dépendances techniques peut augmenter les coûts, multiplier les contrats et rendre l’ensemble plus difficile à piloter.
Le phasage doit donc être conçu conjointement par la DSI, la direction financière et les achats. Chacun apporte une lecture différente du risque : continuité de service, capacité d’engagement, conditions contractuelles et valeur résiduelle des actifs.
Le financement peut préserver des marges de manœuvre
Le choix du modèle financier intervient après cette hiérarchisation. Il ne corrige pas un projet mal défini, mais peut adapter son rythme à la situation de l’entreprise.
Le choix du modèle financier intervient après cette hiérarchisation. Il ne corrige pas un projet mal défini, mais peut adapter son rythme à la situation de l’entreprise.
Au-delà de la trésorerie immédiate, c’est une question d’allocation du capital : immobiliser des fonds propres (dont le coût attendu est souvent entre 8 à 10 %) pour acheter des actifs informatiques qui se déprécient rapidement a peu de sens économique si un tiers peut les financer à un taux inférieur. C’est tout le principe du coût d’opportunité : chaque euro immobilisé dans du matériel IT est un euro qui ne finance pas le cœur de métier, le développement commercial ou la R&D, là où l’entreprise génère sa véritable valeur ajoutée.
Plusieurs mécanismes permettent ainsi d’aligner engagement financier et visibilité réelle :
La location évolutive
La location évolutive répartit les dépenses sur une durée déterminée. Elle peut limiter la mobilisation initiale de trésorerie et rapprocher les paiements de la période réelle d’utilisation des équipements.
Elle facilite également l’organisation du renouvellement lorsque les besoins ou les technologies évoluent. Cette souplesse doit cependant être encadrée contractuellement.
Le paiement différé
Le paiement différé permet de lancer un projet avant le décaissement principal. Il peut être pertinent lorsqu’une entreprise attend une rentrée de trésorerie, le début d’un exercice budgétaire ou les premiers effets économiques du projet.
Il décale la charge financière, mais ne la réduit pas par nature. Son intérêt dépend donc du calendrier de trésorerie et des conditions proposées.
Le lease-back
Le lease-back consiste à céder des équipements déjà détenus, puis à continuer de les utiliser dans le cadre d’un contrat de location. Cette opération peut libérer des liquidités immobilisées dans le parc existant.
Elle doit être évaluée à partir de la valeur des actifs, du coût total du contrat et des implications comptables et fiscales propres à l’entreprise.
La prolongation de cycle de vie via la maintenance tierce (TPM)
Reporter un renouvellement matériel ne doit pas signifier s’exposer à des ruptures de service ou aux tarifs prohibitifs des extensions de garantie constructeur.
Le recours à la maintenance tierce permet de maintenir des équipements critiques (serveurs, stockage, réseau) en parfait état opérationnel sur 12, 24 ou 36 mois au-delà de leur fin de support constructeur (EOSL). Pour la direction financière, ce levier transforme un arbitrage contraint en décision stratégique : il gèle temporairement le besoin de CAPEX ou de nouveaux loyers, sans compromettre les SLA ni la continuité d’activité, le temps de retrouver de la visibilité budgétaire.
La location ne supprime pas le risque d’engagement
Présenter la location comme une solution entièrement flexible serait trompeur.
Un contrat de location crée généralement un engagement sur une durée donnée. Une réduction des besoins, un changement technologique ou une sortie anticipée peuvent entraîner des coûts. Les services associés, les conditions de restitution et les possibilités d’évolution varient également selon les contrats.
Avant de s’engager, l’entreprise doit notamment vérifier :
- la durée ferme et les conditions de résiliation ;
- les possibilités d’ajouter, de remplacer ou de retirer des équipements ;
- les coûts liés à une sortie anticipée ;
- les règles de restitution et l’état attendu du matériel ;
- le traitement des données en fin de contrat ;
- le coût total comparé à l’achat ;
- la destination et la valeur résiduelle des équipements.
La qualité d’une solution de financement ne dépend donc pas seulement du montant du loyer. Elle dépend de l’adéquation entre le contrat, les usages prévus et les scénarios d’évolution de l’entreprise.
Décider avec plusieurs scénarios plutôt qu’avec une prévision unique
En période d’incertitude, une prévision budgétaire unique devient rapidement fragile. Une approche par scénarios est plus robuste.
La DSI et la DAF peuvent construire trois hypothèses :
- un scénario stable, fondé sur les besoins actuellement confirmés ;
- un scénario de croissance, prévoyant une extension progressive des capacités ;
- un scénario de contraction, précisant les coûts et les possibilités d’ajustement.
Le financement est ensuite évalué au regard de ces trois trajectoires. Cette méthode ne supprime pas l’incertitude. Elle évite simplement de concevoir le projet comme si une seule évolution était possible.
Transformer la prudence en discipline d’investissement
Dans le contexte actuel, la bonne décision n’est pas nécessairement de dépenser moins. Elle consiste à engager les ressources au bon rythme, sur les actifs prioritaires et avec des conditions compatibles avec plusieurs scénarios.
Evernex Capital Solutions accompagne les entreprises dans l’analyse et le financement de leurs projets IT : location évolutive, paiement différé, lease-back et modèles fondés sur l’usage. L’objectif est de préserver la capacité d’investissement sans masquer les engagements associés.
Vous souhaitez évaluer les options adaptées à votre projet ?
Nos experts peuvent comparer les scénarios de financement, leur coût total et leur niveau de flexibilité.
Source : Baromètre Bpifrance Le Lab–Rexecode, 3e trimestre 2026, publié le 18 septembre 2026. Plus de 1 100 réponses recueillies du 24 août au 3 septembre 2026.
Questions fréquentes
Location ou achat : que privilégier en période d’incertitude ?
Tout dépend de la valeur de la trésorerie pour l’entreprise et de l’horizon d’usage. Si le coût du capital dépasse le taux implicite du contrat, la location se justifie. L’achat reste pertinent pour des actifs à longue durée d’usage et une trésorerie abondante.
Peut-on sortir d’un contrat de location IT avant son terme ?
En général oui, moyennant des indemnités prévues au contrat. Leur mode de calcul doit être connu avant la signature, comme les conditions de restitution partielle.
La location IT est-elle hors bilan ?
En comptes sociaux français, oui : les loyers sont des charges et l’engagement figure en annexe. En IFRS 16, la plupart des contrats apparaissent au bilan, sauf exemptions de courte durée ou de faible valeur.
Comment structurer un financement de projet IT sans immobiliser sa trésorerie ?
La location évolutive étale le coût sur la durée d’usage. Le lease-back libère la trésorerie immobilisée dans le parc. La prolongation par maintenance tierce reporte le décaissement principal. Un financement de projet IT combine souvent plusieurs de ces leviers.
